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Avant-propos

Un témoignage pour préambule

© Albert Harlingue / Roger -Viollet

De 1868 à 1973, une tradition vivante issue de Baudelaire lui-même et de ses amis proches, fut transmise par ceux qui allaient devenir les pères fondateurs de la Société Baudelaire. http://societe-baudelaire.wikispaces.com/.

En 1872, à Saint-Germain-des-Prés, ils constituèrent un comité de réflexion, composé de libres penseurs, écrivains comme artistes, dont les débats ont éclairé le monde de la pensée au crépuscule du 19ème  siècle, et dont l’ascendant s’est exercé géographiquement au fil du temps.

Dans toutes les sphères des connaissances, leurs discussions avaient passé au crible des mots phare qui ont permis à Baudelaire de se forger une opinion sur l’humanité. Ces mots clés avaient été réunis dans le Dictionnaire des Mots, des Idées et des Hommes, connu sous le nom du Dictionnaire de la Société Baudelaire.

Une définition relative à l’un de ces mots, le « dandysme »,  mis à l’étude en mars 1886, restait inachevée en 1984. D’un point de vue baudelairien, elle avait peu d’affinités avec les obsessions vestimentaires superficielles d'un Beau Brummel et la décadence poudrée de ses congénères.

Elle se rapportait plutôt à l’élan d’héroïsme que Baudelaire sut insuffler à ce terme.

Parmi ceux qui avaient prévu que Chanel orienterait ce mot dans son parcours à travers le 20ème siècle, on distinguera deux hommes d’exception. Le premier, son ami proche, était Paul Morand. Le second, le peintre qui interpréta Les Fleurs du Mal, se nommait Limouse http://www.limouse.co.uk/fr/. Président de la Société Baudelaire, il resta le plus longuement en fonction.

Le buste de Barbey d’Aurevilly par Rodin.
En 1887, l’écrivain avait proposé de parrainer
la définition du dandysme baudelairien dans
le Dictionnaire de la Société Baudelaire.

Tous deux discernèrent en Chanel l’incarnation vivante du dandysme baudelairien. D’après Limouse, la ligne de conduite que se fixa Chanel pendant la guerre ne ternit en rien son dandysme baudelairien. Au contraire, elle affermit à ses yeux l’allure altière d’une solitaire, dédaigneuse des décideurs de ce monde - à l’exception d’un seul, Winston Churchill, en qui elle voyait le dandysme incarné.

En 1986, Limouse accorda un entretien dans lequel il rapporta pour la première fois les propos de Chanel qui lui avait signifié ses intentions durant l’Occupation. La créatrice s’en était ouverte de son plein gré, sans soumettre son récit à l’examen préalable de son avocat, René de Chambrun.

Le critique d’art Frédéric Charmat, qui avait interrogé Limouse, obtint de nouvelles révélations lors d’une entrevue avec Lucia Artopoulos, présidente de la Société Baudelaire de 1942 à 1944. Ce site publie des extraits de ces deux entretiens auxquels vient s’ajouter la conversation entre Chanel et Malcolm Muggeridge.

L’ambition qui avait motivé les deux ambassadeurs de la  Société Baudelaire était de faire taire les calomnies propagées après la mort de Chanel et pesant encore sur sa réputation. L’éventualité d’une riposte personnelle au feu roulant des critiques ayant été exclue par sa disparition, la Société Baudelaire se mit en devoir de prendre fait et cause pour elle.

Désireux d’écrire sur Chanel « en guerre », Charmat prit contact avec un éditeur réputé. Une rencontre fut organisée à l’atelier de Limouse pour délibérer du projet. Malgré les efforts investis, aucun contrat ne sera jamais dressé. Eu égard aux pressions flagrantes exercées par les puissances omniprésentes, je demandai à Jacques Soustelle d’intervenir en notre faveur. Il évoqua l’affaire avec le propriétaire de la maison d’édition, l’un de ses proches amis. Nous acquîmes la conviction que la censure venait de nous emmurer dans le silence. Même si le livre proposé avait été publié, il aurait été ignoré par la presse.

Ce revers de fortune ne fut pas pour surprendre la Société Baudelaire qui, en un siècle d’existence, s’était indéfectiblement acquittée de son devoir de protection à l’égard de la liberté d’expression. Il fallait de la hardiesse et de la volonté pour défier les inquisiteurs qui avaient déclaré Chanel coupable sans procès et refusaient d’admettre l'idée même qu’elle fût innocente.

Sur ces entrefaites, les entretiens furent offerts à la réflexion des visiteurs du Musée Limouse des Fleurs du Mal à Chester. Ils étaient consultables à la « Salle Westminster », rehaussée du décor créé par Chanel en 1957 pour l’inauguration du musée sur la Côte d’Azur.

Notre opiniâtreté n’a pas été atteinte aujourd’hui par les torrents de lave en effervescence soulevés par la promotion internationale du livre de
Hal Vaughan, Sleeping with the Enemy. Sa sortie a émasculé l’esprit de discernement du lecteur. Il est incontestable qu'une issue si pitoyable n'a pu être cautionnée par Vaughan, en sa qualité d'historien. Ce qui relève de la raison a été supplanté par une allégeance aveugle à la culpabilisation dogmatique de Chanel. Un schisme idéologique s’est ouvert et les hérétiques en sont réduits désormais à être impérieusement taxés de déloyauté, d’antipatriotisme, voire d’antisémitisme. Le sectarisme des apologistes de Vaughan tranche sans ambiguïté avec la médiation éclairée de Churchill qui, en 1944, préserva Chanel de toute poursuite. Si celle-ci avait été le monstre que couvrent d’infamie les partisans de Vaughan, il est certain que Churchill ne se serait jamais interposé et qu’il aurait laissé l’affaire suivre son cours.

Je plaide aujourd’hui la cause de Chanel, en restant attaché à l’héritage humaniste de la Société Baudelaire, empreint d'un solide engagement contre l’antisémitisme, de l’affaire Dreyfus jusqu’à l’Holocauste. Si le soi-disant antisémitisme de Chanel avait éveillé en moi une légitime défiance - faisant fi de ses invectives coutumières dont personne n’était à l’abri - j'en aurais éprouvé une aversion telle que je n'aurais pu écrire la moindre ligne.

Je suis reconnaissant aux observateurs du passé cités plus loin, qui ont évoqué à mon intention les relations de Chanel avec la Société Baudelaire. Par ailleurs, d’autres témoins aux opinions aussi contrastées et ayant eu des parcours aussi divers qu'il est possible, n’ont pas été proscrits de la liste ci-dessous :
Lucia Artopoulos ; le général Pierre de Bénouville ; Lady Clark (née Nolwen de Janzé) ; Alfred Fabre-Luce ; le prince Jean-Louis de Faucigny-Lucinge ; Stanislas et Aniouta Fumet ; Fred Golbeck ; Jacques de Lacretelle ; Yvonne Lefébure ; Serge Lifar ; Limouse ; Roland et Jenny de Margerie ; Lady Diana Mosley ; Malcolm Muggeridge ; Irina Nijinska ; Jerry Plucer-Sarna ; Edmund et Aline Pendleton ; Blandine Ollivier de Prévaux ; Henri Sauguet ; Renée de Saussine ; Jacques Soustelle, Nina Tikanova ; Alice Espir-Tournemire ; Winifred Wagner ; Fernande et Suzanne Williams ; Marcel Zahar.

Je voue une indéfectible gratitude à Gabrielle Labrunie. Jamais ce site n’aurait vu le jour sans son chaleureux encouragement.

Je veux enfin remercier mon diligent éditeur, Adam Warren, pour avoir examiné mon manuscrit de son œil acéré.

Puissent tous ceux qui répugnent à la vassalité de la pensée être réconfortés par le portrait de Chanel que dévoile ce site, parée des bijoux spirituels du dandysme que Baudelaire légua à la postérité.


Isée St. John Knowles, F.R.S.A.,
Président, The Baudelaire Society and Limouse Foundation Limited (GB),
Ancien conservateur du Musée Limouse des Fleurs du Mal,
à Roquebrune-Cap-Martin et Chester (1974-2001)

 

 

Message de soutien de Gabrielle Labrunie, petite-nièce de Coco Chanel

© Société Baudelaire

Gabrielle Labrunie, la petite-nièce de Coco Chanel,
s’entretenant avec Isée St. John Knowles,
au siège de la Baudelaire Society and Limouse Foundation.

J’applaudis à l’initiative de M. Isée St. John Knowles, qui met à la portée de tous des témoignages naguère réservés aux visiteurs chanceux d’un musée privé à Roquebrune-Cap-Martin et à Chester dont il était le conservateur.

Je donne par ailleurs mon assentiment à la publication des faits authentiques divulgués sur ce site et qui attestent l’indépendance de caractère manifestée par ma grand-tante sous l’Occupation. Je m’étais jusqu’ici refusée à toute déclaration ou révélation sur cette question car j’estimais - et estime toujours - que les commentaires partiels et partiaux portés à ma connaissance ne méritent qu’un silence de dédain. Je conviens, toutefois, que la Société Baudelaire a été le destinataire privilégié du témoignage de Coco Chanel sur ses desseins pendant la guerre. De ce fait, j’approuve sans réserve que ce témoignage puisse enfin tenir la place qui lui revient dans l’histoire http://www.chanel-muggeridge.com/war-memoirs/.

Puisque l’évocation de ces années de guerre est indissociable de l’empreinte de Baudelaire dans la vie de Coco Chanel, je me réjouis qu’au travers de ce site, son regard sur le passé ait été scruté par un Baudelairien incontesté.