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Calomnies Réfutées

Je ne me serais jamais cru obligé d’avoir un jour à justifier de la profonde amitié que me vouait Malcolm Muggeridge. De récentes assertions malveillantes me contraignent cependant d’apporter un nouveau chapitre à ce site.

Faisant étalage de leur souci d’exactitude historique, des prétendus défenseurs de Chanel recherchent frénétiquement des informations susceptibles de me porter préjudice. Et, dans leur désespoir de n’en découvrir aucune, ils manifestent leur agressivité contre la Société Baudelaire que je préside.

En vérité, ces gens-là se soucient bien peu de l’authenticité de l’interview de 1944 entre Muggeridge et Chanel. Ce qui les intéresse, en revanche, c’est mon implication dans la publication de ce document, implication qui est indéniable et qui leur fournit un motif suffisant pour tenter d’invalider l’interview.

Sur le conseil de la petite-nièce de Coco Chanel, Gabrielle Palasse-Labrunie, préfacière de mon livre sur les années de guerre de Chanel, j’avais décidé d’en différer la sortie, dans l’espoir que cette publication ne fût pas troublée par les manœuvres de ces dénigreurs. Force est de constater, hélas ! que pas même les années qui passent ne permettent d’aborder l’histoire de Chanel en guerre avec la sérénité que Gabrielle Palasse-Labrunie et moi avions tant recherchée.

Depuis sa disparition en 2014, même des improbations à mon encontre lui sont attribuées, alors qu’elle s’était toujours distinguée par la modération de ses propos et par la confiance absolue qu’elle avait placée en moi, confiance que rien, ni personne ne put ébranler - pas même les prétendus chanéliens.

La disparition de ma seule protectrice n’a donc entamé en rien les desseins inavoués d’une opposition qui appréhende les révélations contenues dans mon livre, livre dont la parution fut continuellement repoussée jusqu’ici. Après la dernière tentative en date pour me disqualifier, nous apprenons qu’aucun manuscrit de l’interview de 1944 n’a été répertorié par les préposés à la conservation des archives de Muggeridge. C’est parfaitement exact et j’en fournis d’ailleurs les raisons dans un bref historique qui paraîtra dans mon livre, accompagné de l’interview annotée.

Si je publie également cet historique sur ce site, accompagné de quelques témoignages de Muggeridge, en gage d'amitié, ce n’est pas dans une intention justificative – ceux qui conjuguent tant d’efforts pour me diffamer ne m’inspirent que mépris – mais seulement parce que j’imagine à quel point Malcolm eût été blessé face à une conjoncture qui me réduit à révéler des faits de caractère privé, lesquels se rapportaient à un épisode de sa vie, si douloureux, qu’il l’avait occulté de ses mémoires.

HISTORIQUE

Jusqu'en 1988, il existait deux transcriptions de l'interview. En 1976, j'ai découvert fortuitement dans les archives de Malcolm Muggeridge la source première de l'entretien de 1944. Cette transcription, selon Muggeridge, le reproduisait scrupuleusement et in extenso. L'entretien avait été sténographié par une photographe pour qui Chanel concevait de l'amitié. En outre, les aptitudes linguistiques de cette invitée lui avait permis de traduire les expressions émaillées de termes français qui rendaient l'anglais de la styliste parfois inintelligible.

En 1988, je serai consterné d'apprendre que Muggeridge avait lui-même détruit ce document substantiel, ainsi que d'autres afférents à sa liaison avec la photographe. À partir de ce moment, l'interview subsistera, mais seulement sous une forme abrégée, celle-là même qu'il avait élaborée en ma présence en 1982. Composée d'après le document d'origine, elle avait été amputée de toutes les références chanéliennes relatives à cette liaison, références que Muggeridge considérait comme « malsonnantes », « insensibles », voire « humiliantes ». Hormis ces passages retranchés, extrinsèques donc à la guerre de Chanel, cette transcription dactylographiée par Muggeridge sur des feuilles de brouillon jaunes, dont il corrigea les coquilles au stylo-feutre, restituait intégralement l'interview de 1944.

La transcription fut envoyée à Jacques Soustelle, accompagnée d'une lettre datée du 28 août 1982, dans laquelle Muggeridge manifeste sa volonté de faire don de l'interview au Musée Limouse des Fleurs du Mal à Roquebrune-Cap-Martin qu'il présidera à partir d'avril 1984. Cette interview avait, par ailleurs, inspiré sa pièce Libération. Consultable au musée, l'interview dactylographiée par le secrétariat de Soustelle se heurta au code de bonne conduite de censeurs qui appréhendaient de futures révélations importunes. Acculé à cet immobilisme prémédité, surtout après la sortie et la promotion internationale du livre de Vaughan en 2011-2012, je déciderai de remettre l'interview à Gabrielle Palasse-Labrunie. Sur son conseil, je la traduirai en français et la publierai sur Internet

Parmi les réflexions qu'elle suscita, celles, par exemple, que je reçus en décembre 2011 du biographe accrédité de Muggeridge, Ian Hunter, professeur émérite de droit à l'université de Western Ontario : « C'est avec grand intérêt que j'ai lu la transcription de l'interview de Chanel. CC (sic) a fait plus que simplement se défendre avec MM (sic) ce qui, comme vous le savez, n'est pas chose facile. Je partage votre avis sur le fait que nombre de thèmes figurant dans Libération sont esquissés dans l'interview… Il est intéressant, rétrospectivement, de constater à quel point MM s'est montré circonspect dans ses révélations sur ses expériences pendant la guerre. Quand il a écrit Chronicles (of Wasted Time), il a décidé (tout à fait délibérément, je pense) d'envisager la guerre uniquement comme un thème propre à la satire. Il a donc adopté une attitude blasée, parfois condescendante vis-à-vis de la guerre et de son rôle (effectivement plutôt important) pendant celle-ci ; je me suis dit que cet entretien faisait la lumière sur tout le sérieux avec lequel il avait pris les choses à cette époque. »

De nouvelles réflexions ont été publiées dans Notre Chanel (Editions Bleu autour, Goncourt de la biographie, 2014) sous la plume de Jean Lebrun, historien et producteur de l'émission « La marche de l'histoire » sur France Inter. L'interview dirigée par Muggeridge le conduit à cette conclusion : « Ici, on est au plus près, sans doute, de la vérité ultime de Chanel. »

L'histoire de la vie de Chanel qui s'imprègne de celle des idées de son temps est le travail circonstancié auquel s'est livrée le professeur Rhonda K. Garelick, dans Mademoiselle: Coco Chanel and the Pulse of History, New York, Random House, 2014. Cette publication, avoisinant les 600 pages, ne s'en tient pas seulement à authentifier l'interview de 1944, mais à en commenter certains fragments dont un, corroboré par une confidence de Chanel à sa petite-nièce.

Et c'est précisément une réflexion de Gabrielle Palasse-Labrunie, publiée sur www.chanel-muggeridge.com, qui clôt cette première note de lecture afférente à l'historique de l'interview de septembre 1944, puisque sa préface au site, datée de juillet 2012, s'achève sur ces lignes : « Ce qui me frappe et m'émeut, près de quarante ans après le décès de Coco Chanel, c'est le son de sa voix qui transpire à travers les mots de cette interview. »